ETUDE N°1

(1996)

 

La dernière session d’enregistrement

de

Titta Ruffo.

 

Abbey Road (Londres)

25 novembre 1933.

 

C’est à la suite d’un concert privé à Londres, le 21 novembre 1933, chez Lady Kleinwort, que Titta Ruffo effectua sa dernière session d’enregistrement pour le compte de « La Voix de son Maître », accompagné au piano soit par Percy B. Kahn soit par Gerald Moore. Il grava neuf airs d’opéra et mélodies, le monologue de l’acte I, scène 4, d’Hamlet et une imitation facétieuse de la voix de la basse Feodor Chaliapine s’exprimant en italien. Les morceaux choisis par le baryton sont de tessiture centrale, dont la « Chanson de la Touraine » tirée du Panurge de Jules Massenet, normalement interprétée par une basse chantante, car son organe, fatigué par de nombreuses années de carrière, ne pouvait plus s’accommoder de morceaux trop tendus dans l’aigu.

 

OB 5459.—TIZIANELLO (1911) de Vincenzo Billi (1869-1938) :

« E canta il grillo », stornello, op. 260, paroles d’Ersilio Bicci.

 

         Cet air en mi majeur, avec une introduction musicale à 6/8, puis un andante à ¾, finit sur une mesure à 6/8 sur « (l’a-)more », et comporte deux strophes sur quatre. Le premier quatrain est à rimes croisées (abab) et le second à rimes plates (aabb). En voici le texte :

  

E canta il grillo e canta la cicala…

La spiga è bionda, la spiga è matura,

O ragazzine, vestitevi in gala…

Chè s’è vestita d’oro la natura.

Il fiore azzurro mettetevi in petto;

I giovinotti cantano il rispetto.

Il fiore azzurro vi ponete in core;

I giovinotti cantano l’amore.

 

         C’est la troisième version de cet air déjà enregistré en 1908 (Milan), puis en 1929 (New-York). L’étendue de ce chant pastoral va du do dièse2 au mi3 et convient parfaitement à la voix du baryton. L’artiste adopte un ton volontiers intimiste, presque rêveur, pour évoquer les scènes successives qui se déroulent sous ses yeux et traduit bien les sentiments exprimés à la fois par le compositeur et par le poète.

 

OB 5460-I—FALSTAFF (1893) de Giuseppe Verdi (1813-1901) :

« Quando ero paggio », comédie lyrique en trois actes, paroles d’Arrigo Boito, tirée des pièces de Shakespeare King Henry the Fourth et The Merry Wives of Windsor.

PERJURA… ! de Miguel Lerdó de Tejada, paroles de Fernando Luna y Drusina.

         Comme dans la version de 1922, Titta chante cet air de l’acte II de Falstaff un demi-ton plus bas qu’il n’est écrit. Les paroles en sont :

 

Quand’ero paggio

Del Duca di Norfolk ero sottile, sottile, sottile, sottile,

Ero un miraggio

Vago, leggero, gentile, gentile, gentile.

Quello era il tempo del mio verde aprile,

Quella era il tempo del mio lieto maggio.

Tanto ero smilzo, flessibile e snello

Che sarei guizzato attraverso un anello.

Quand’ero paggio…

 

          La mélodie de Perjura !..., écrite sur une mesure à 2/4 eut son heure de célébrité dans le premier quart du XXème siècle et tenta en particulier la basse noble espagnole José Mardones (1869-1932). Titta Ruffo l’interprète langoureusement, en ré majeur, comme en 1922, mais avec moins d’aisance. En voici les paroles :

 

Con tenue velo

Tu faz hermosa

Camino al templo

Te conocí.

Y al verte niña

Tan puderosa

Por vez primera

Amor sentí.

 

iAy ! cuantas veces

la luz del día

nos sorprendío

y cuantas otras

tus juramentos

el cielo oyó.

Esos momentos

Amada mía

No olvidaré.

Cuando en tus labios

En beso amante

Mi alma dejé.

 

Tiernas palabras

Dije a tu oído

Dulces caricias

Te prodigué.

Y al ver tu pecho

De amor henchido

Ser tuyo siempre

Fiel te juré.

IAy ! cuantas veces…

 

OB 5461-1—VISIONE VENEZIANA, mélodie de Renato Brogi (1873-1924), paroles d’Angiolo Orvieto (1869-1967).

 

Grandi cumuli di rose,

Di giunchiglie, di verbene,

Di gerani e tuberose,

La mia gondola contiene.

 

Essa fila nell’aurora

Che sorride sul canale,

Che i palazzi grigi sfiora

Col suo bacio d’immortale.

 

Presso ad una testa bionda

Che fra le verbene affonda

E di rose s’incorona,

Il mio capo s’abbandona.

 

E la gondola ci culla

Tutti e due soavemente ;

Ma la pallida fanciulla

Nulla vede e nulla sente.

 

Chiuse son le lunghe ciglia

Sovra il sogno mattutino ;

Ella sembra una giunchiglia

Sotto il cielo cilestrino.

 

Nell’auroraé, fra gli odori

Dei bei cumuli di fiori,

Questa gondola mi porta

Con la mia diletta, morta.

 

            La musique de ces six quatrains à rimes embrassées, tirés du volume Verso l’Oriente (Milan, Edizione Treves, 1890), D’Angiolo Orvieto, rappellent un peu la Sérénade vénitienne de Cesare Andrea Bixio (1898-1978), sur des paroles de B. Cherubini, publiée à Milan en 1932 (« Finestre al sole,/ Che al primo sole vi aprite ancor… »).

 

         Cette mélodie plutôt macabre fut enregistrée quatre fois par Titta Ruffo : en 1912 (une fois), dans la tonalité de fa majeur, en 1926 (deux fois en comptant un enregistrement inédit), et en 1933 (une fois), les dernières versions un demi-ton plus bas, en mi majeur. La première version est, à tous les points de vue, supérieure aux autres versions. En effet, la voix de 1926 et celle de 1933 se ressentent de l’intempérance vocale du chanteur et de la phonasthénie. Par ailleurs, dans la version de 1912, au vers 8, le baryton dit « col suo labbro d’immortale » au lieu de « col suo bacio d’immortale », ce qui n’est pas du tout la même chose. L’aurore donne l’impression d’effleurer les somptueuses demeures de ses premiers rayons, comme s’il s’agissait d’un baiser léger. En revanche, « labbro » (du latin « labrum », « lèvre ») suggère une image curieuse difficile à imaginer (« bouche » de l’aurore, par synecdoque). Titta Ruffo ne commettra plus cette erreur dans les deux versions suivantes.

 

            L’interprétation du baryton est convaincante et sa voix traduit bien les sentiments du personnage dans l’ambiguïté de la situation où la beauté de l’aurore et des palais s’oppose au spectacle étrange offert par les deux amoureux sur la gondole. Il ne s’agit nullement d’une promenade romantique le long des canaux de Venise. L’abondance de fleurs diverses, l’immobilité de la jeune femme pâle, allongée au milieu de verveines et de roses, ne laissent aucun doute, même si nous devons attendre la saisissante anacoluthe du dernier vers pour avoir confirmation de la mort de l’aimée, elle-même assimilée à une jonquille (blanche, la jonquille est symbole d’amour pur ; jaune elle est l’expression de l’espoir et de l’attente).

 

         Sur le plan musical et vocal, cette interprétation laisse un peu à désirer. Les graves du chanteur (do dièse2) sont anémiques et ses aigus (mi3) manquent d’éclat. Le legato n’est pas observé, car le souffle est devenu court. Le baryton ne suit pas trop la mesure à 6/8 et abuse d rallentando si bien que doubles croches, croches et noires pointées ne sont pas particulièrement respectées. Il semblerait qu’il y ait une fausse note sur le sol dièse2 de « tiene » de « contiene », à la fin de la première strophe. Titta Ruffo finit sur un ré dièse3 au lieu de ré dièse2 sur « morta », comme pour accentuer la navrante réalité qui s’impose à lui dans cette espèce de vision matinale qui aurait voulu être l’expression d’un bonheur authentique.

 

OB 54621,2. –MATTUTINO, esquisse tirée des chants calabrais et traduits en italien par Nicola Missasi, musique de Pasquale Mario Costa (1858-1933).

         Titta Ruffo use bien de sa palette vocale et module fort convenablement son organe pour rendre le dépit du jaloux (opposition nettement marquée entre les piani et les forti). Voici le texte qu’il chante:

 

L’amara gelosia mi dà tormento ;

La gelosia mi dà tormento, mi dà tormento,

L’amara gelosia mi dà tormento,

La gelosia mi dà tormento, mi dà tormento.

E sto la notte per farti la spia,

Tacito seggo alla tua porta intento,

Nel tuo lieve sospiro l’armonia,

Ah! L’armonia!

 

Già suona mattutino e lento lento,

Ritorno a casa e non veggo la via,

Chè gli occhi lasciai a te col sentiment,

E ne portai con me la gelosia (bis pour toute la strophe).

Ah…

 

OB 5463-1, 2. —SEI MORTA NE LA VITA MIA, mélodie de Pasquale Mario Costa (1858-1933), paroles de Guglielmo Capitelli (1840-1907).

 

Io ti ricordo quando in su la sera

Presso il mare venivi, a primavera,

E ti sedevi lì, tra fiori e fronde,

E udivi il lieve susurrar de l’onde.

Nelle sale dorate io ti rammento ;

E ancora il suon (bis), de la tua voce, io sento.

E con gl’occhi di foco, inebriata

Ti veggo dalle danze affascinata.

            Ahimè, ahimè !

Sei morta ne la vita mia.

            Ahimè, ahimè !

E non so più dove il tuo core sia,

Il tuo cuor che sognavo, e tu non l’hai,

Se potessi obliar quanto t’amai !

Sei morta ne la vita mia

E non so più dove il tuo core sia,

Il tuo cuor che sognavo,

E tu non l’hai, e tu non l’hai.

Se potessi obliar quanto t’amai !

 

         Titta Ruffo enregistra trois fois cette mélodie, sur une mesure à 3/4 et parfois à 4/4, en 1920, en la majeur, en 1929 et en 1933, en sol majeur. Il est intéressant de noter qu’aux 2’33’’ de la première version s’opposent les 2’15’’ de la deuxième version et les 2’19’’ de la troisième version. Ainsi, le chanteur consacre beaucoup plus de temps à son interprétation de 1920 qu’aux deux autres.

 

OB 5464—1,2.—EL GUITARRICO, chanson espagnole de A. Perez Soriano, paroles de Luis Pascual Frutos.

 

Sueña guitarrico mío, sueña, guitarrico, sueña,

Y no te importe que el viento vaya ardiendo.

Tus sayas como el viento es para todos

Puede tropezar con ella.

Dile si la ves cruzar, dile pero muy bajito,

Dile que estoy medio loco ; dile que loco perdido.

Dile que la Inquisición ; dile que le era un gran tormento

Pero que aquello no es nada para lo que estoy sufriendo.

Dile muchas cosas ; dile que la quiero, dile que no vivo.

Dile que muero, dile que me mire si quiere

Un poquito, dile que se apiade de este si quiere

¡Sueña guitarrico mío !

 

         Titta Ruffo avait déjà enregistré cette chanson en 1914, certainement pour le marché de langue espagnole. Seule la tessiture centrale de cet air semble l’avoir poussé à l’enregistrer de nouveau en 1933.

 

OB 5465-1. —UNTIL (1910), mélodie de Wilfrid Sanderson (1878-1935), paroles d’ Edward Teschemacher (1876-1940).

 

         Bien que cet enregistrement soit resté inédit en voici les paroles : 

 

No rose in all the world until you came,

No star until you smiled upon life’s sea,

No song in all the world until you spoke,

No hope until you gave your heart to me.

 

O rose, bloom ever in my lonely heart,

O star, shine steadfast with your light divine,

Ring on, O song, your melody of joy,

Life’s crowned at last,

And love, and love is ever mine.

 

                Il est probable que Titta Ruffo l’enregistra en si bémol majeur, malgré la présence d’un fa3, car la transposition en ré bémol majeur, qui se limite à un mi bémol3 dans l’aigu, comporte un si1 dans les graves, note qui, à ce stade de sa carrière, l’aurait certainement gêné.

 

OB 5466-1—SUONNO ‘E FANTASIA , mélodie de Gennaro Capolongo, paroles d’Alfonso Genise.

De cette mélodie, éditée par les Edizioni La Canzonetta à Naples, Titta Ruffo ne chante que les deux premiers quatrains et le « ritornello »

(« refrain »), comme en 1912.

 

 

Ce sta ‘na casarella mmiez ‘o mare

Addò me sonno semp’ ‘e stà cu te :

Nce passano, cantanno, e marenare

E ll’aria fresca addora comm’a chè.

 

Ritornello

Dint’a sta casarella

Te vularria purtà,

Pe’ t’abbraccià,

Pe’ te vasà… (bis)

Ma chistu suonno d’oro

E’ suonno ‘e fantasia

Ca me turmenta semp’ ‘a vita mia.

 

Ce sta ‘na muntagnella tutta verde :

‘o sole nasce e more sempre llà…

‘Ammore mmiez’ ‘e ffronne nce se perde,

E i’ nsce perdesse ‘a vita pe’ t’amà !

                                                  

Ritornello

Ncopp’a ‘sta muntagnella

Te vularria purtà,

Pe’ t’abbraccià,

Pe’ te vasà… (bis)

Ma chistu suonno d’oro

E’ suonno e’ fantasia

Ca mme turmenta semp’ ‘a vita mia.

 

0B 5467-1—PANURGE (1912) de Jules Massenet (1842-1912) : « Chanson de la Touraine », haute farce musicale en 3 actes, paroles de Georges Spitzmüller (1867-1925) et Maurice Boukay (1866-1931), d’après La vie très horrifique du Grand Gargantua de François Rabelais (1483 ?-1553).

 

         Longtemps mise aux oubliettes, l’œuvre de Jules Massenet fut reprise en 1994 en France et donnée au Grand Théâtre de l’Esplanade, à Saint-Etienne, sous la direction musicale de Patrick Fournillier1. Depuis la création de cette farce musicale, il ne restait que cette « Chanson de la Touraine », fort courte, écrite en mi bémol majeur, que Titta Ruffo interprète d’une façon convaincante, même si son français n’est pas bon.

 

Moi, je suis né dans le jardin de France : dans la Touraine.

Touraine est un pays

Au ciel bleu comme un regard tendre,

Rien ne la vaut.

Artois ni Flandre,

Bourgogne ou Comté mêmement.

Touraine est un pays

Au ciel bleu comme un regard tendre,

Rien ne la vaut !

Les blés y sont plus hauts

Et les femmes plus belles.

On n’y voit que des fleurs,

Des nids, des colombelles2

C’est un vrai paradis, un paradis !

Touraine est un pays

Au ciel bleu comme un regard tendre,

C’est mon pays !

 

OB 5468-1. —VISITING CARD TO CHALIAPIN, dialogue imaginé et dit par Titta Ruffo.

                Il existe deux versions de cette « Carte de visite à Chaliapine ». Je n’en ai entendu qu’une que j’ai pu reconstituer :

 

Titta Ruffo :

Ciao, Chaliapin ! Come va ?

Chaliapin:

…Ciao, Ruffo…3.

Titta Ruffo:

La tua voce è straordinaria stasera. Non t’ho mai sentito così bene.

Chaliapin :

Oh, certamente ! Tutti mi hanno tradito. La mia voce rimane così perchè anche lui, vedi, lui, questo, questo qui in basso sotto il mio bellico mi ha tradito anche lui. Ecco perchè io sto bene. Io non mangio più pane, io non bevo più, io non faccio più niente. Ho il zucchero in sangue, il diabete, ho l’enfisema, la mia gotta, ho la bronchite cronica, poi ho la polmonite doppia. Poi ho tante cose che i dottori dicono. Stupidi i dottori, non capiscono niente ! 4 Poi vedi, mia signora 5 mi guarda mai più ; mia signora mi ha dimenticato… Tutti, solo te Ruffo…6. Ma, cosa vuoi, io sono vecchio. Fra sei mesi sotto terra. Chaliapin finito, morto. Nessuno si corderà 7 di me !...Porco Dio… (Toux).

Titta Ruffo :

Ma va là che stai benone !

Chaliapine :

euh !

Titta Ruffo :

Hai un sol naturale, sembra una cannonata !

Chaliapin :

Sfido io ! Non, non faccio più niente. Vedi, sei mesi che non so cosa sia. Tu hai capito cosa…

Titta Ruffo :

Ho capito, ho capito. E’ per quello che stai bene di voce.

Chaliapin :

Oh ! me n’infotto io, la vita è una sola. Bisogna vivere, poi si muore, si sputa, e quando siamo morti siamo dei vermi. Come dice Shakespeare : « Amare, amare, amare, dopo vi saranno i vermi del sepolcro. »

Titta Ruffo:

Ciao, Chaliapin, io ti lascio.

Chaliapin:

Addio,…addio Ruffo, ciao (baisers)…Ciao, caro, ciao…

Titta Ruffo:

Au revoir, Madame, au revoir. Addio, au revoir, Madame (Titta Ruffo s’en va avec de grands éclats de rire).

 

 

OB 5470-1.—Hamlet (1602) de William Shakespeare (1564-1610): “Deh, su noi vegliate…”.

 

         A l’acte I, scène 4 de la tragédie de Shakespeare, Hamlet se trouve sur le terre-plein devant le château d’Elseneur où Horatio et Marcellus ont vu le spectre du défunt roi. Hamlet se prépare à l’épreuve (vers 39-57).

 

         Dans son interprétation, Titta Ruffo supprime un passage, contrairement à sa version de 1911, et saute le mot « padre ». Néanmoins, il conserve le même ton déclamatoire dans les deux versions. Les deux fois, il dit « nutri » et prononce « tenebra » au lieu de « tenèbra » comme écrit. De plus, dans ce dernier enregistrement, on dirait bien qu’il change « Te chiamo » en « Te chiama ».

 

Deh, su noi vegliate,

O ministri di grazia, angioli eletti !

Sii tu spirto di pace e di salute,

O dannato fantasma, e teco arrechi

L’aër del cielo, o l’infernal bufera,

Nutra perverso intento, ovver pietoso,

Tu in provocante aspetto a noi ne vieni ;

Ed io parlarti vo’. —Te chiamo, Amleto,

Rege, padre, signor di Danimarca :

Oh ! mi rispondi ! Non lasciarmi in questa

Tenèbra della mente che m’accieca :

Oh ! dimmi, perchè mai le tue sante ossa

Giacenti nell’avello hanno squarciato

Il lenzuolo di morte ? Or, perchè dunque

La tomba dove te vedemmo in pace (passage omis)

A riposar, la sua marmorea bocca

Aperse e a noi ti rese ? E d’onde è mai

Che tu, muto cadavere, risurga

Tutto d’acciar vestito, i mesti raggi

A cercar dell aluna, a far più orrenda

La notte intorno ? A che ne vieni in questa

Terribil forma a scrollar l’intelletto

Di noi, poveri folli di natura,

Con tai pensieri, che nell’alma nostra

Capir non ponno ? Or di’l perchè mai questo ?

Perchè ? che far dobbiamo ?

 

                C’est sur ce monologue parlé que se termine la carrière discographique de Titta Ruffo. Est-ce un symbole ? Toute l’autobiographie du baryton, La mia parabola, est pleine de cet AMLETO qui fut son opéra favori8. Le chanteur sentait entre le prince du Danemark et lui-même une parfaite communion qu’il a d’ailleurs bien analysée9.

 

Jean-Pierre Mouchon

Marseille, samedi 20 avril 1996.

 

N.B. Pour une analyse plus approfondie, je renvoie à mon ouvrage Les enregistrements du baryton Titta Ruffo. Guide analytique. Préface et chronologie du Dr. Ruffo Titta Jr. (Académie régionale de chant lyrique, 1990 pour la première édition, 1991 pour la 2e et 3e édition).

 

Notes

 

(1) Voir Opéra international de décembre 1994, n° 186, pp. 44-45.

(2) Petites colombes.

(3) Court passage incompréhensible pour des non-russophones.

(4) Si Chaliapine souffrait de diabète, il fut emporté, en 1938, par une leucémie.

(5) La seconde épouse de Chaliapine, Maria Valentinovna.

(6) Nouveau passage très court en russe.

(7)Pour : « si ricorderà ». Titta Ruffo réussit bien à faire ressortir l’italien approximatif de Chaliapine.

(8) V. La mia parabola, p. 245.

(9) V., ibid., p. 254.

 

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